Un très mauvais moment à passer

Publié le par Mandrin

A lire Libération de ce jour, à écouter l'état-major de la candidate socialiste, il y a de quoi déprimer pour eux. Il ne cachent même plus qu'ils n'y croient plus.

Les éléphants, trop pressés de se disputer la place de François Hollande - qui sera le Lionel Jospin de 2007 - enterrent déjà le score de la candidate.

Il fait gris sur ma ville comme il doit pleurer dans le coeur des socialistes. Je n'imaginais pas, personnellement, qu'un parti puisse baisser ainsi la garde, presque abandonner le terrain, aussi explicitement, avant une élection. Cette morosité risque davantage de décourager les électeurs de gauche que de les stimuler.

Voyez par vous-même :

Présidentielle. PS/UMP
 
Le PS se prépare à la refondation de l'après-6 mai
Ségolène Royal a permis d'ouvrir la porte à une nouvelle ère d'alliances pour le parti.
Par David REVAULT D'ALLONNES
 
QUOTIDIEN : samedi 5 mai 2007
 
Déjà dans le coup d'après ? Alors qu'une batterie de sondages funestes, intervenue au lendemain de sa confrontation avec Sarkozy, mercredi, est venue doucher «comme une claque» l'enthousiasme des partisans de Royal, l'hypothèse d'une défaite, chez les socialistes, a pris corps, hier. Seule la candidate semble encore y croire, qui au dernier jour, a fait preuve, depuis la Bretagne, d'une pugnacité inégalée jusqu'ici (lire page 2). Pour le reste, et le fait est suffisamment rare pour être souligné, toutes les sensibilités du parti sont d'accord : l'affaire semble pliée. Un sentiment partagé jusque dans l'état-major PS : «On ne peut pas ne pas se placer dans la perspective d'une défaite. Ce n'est jamais écrit, et ça peut être beaucoup plus serré qu'on ne le dit. Mais la logique nous amène à penser qu'on a perdu...» 
Julien Dray, son conseiller spécial, estimait ainsi que «les choses ne sont pas totalement figées et acquises» ­ tout est dans ce «totalement» . Arnaud Montebourg, son porte-parole, préférait évoquer le futur, prédisant à la candidate «un grand avenir quoi qu'il arrive» . Avant de saluer «l'immense mérite» de celle qui a «tenté de rénover en dix petits mois ce que le Parti socialiste n'a pas voulu faire en cinq ans» . Des sorties qui n'ont pas manqué d'étonner. «Ce sauve-qui-peut général ne me va pas du tout, assurait Jean-Christophe Cambadélis, proche de DSK . Ils sont en train de nous amener à 44 % !» Une déclaration de plus qui n'est pas vraiment une façon de remonter le moral des troupes...
«Mitterrand». Derrière l'anticipation d'un potentiel revers se dessine l'avenir politique de Royal. «Elle est en position de force quoi qu'il arrive, et aura réuni sur son nom plus de voix qu'aucun responsable socialiste depuis Mitterrand» , argumente un membre du staff. Avant de reconnaître : «Pour beaucoup de socialistes, ce sera plus difficile de l'attaquer si elle fait plus que Jospin en 1995, soit 47 %.» Un cadre, tendance gauche du parti, conteste ce curseur : «47 % dans ce contexte, avec un candidat qui fait peur, des banlieues qui ont brûlé, cinq ans de gouvernement de droite et Bayrou plus Le Pen qui appellent à ne pas voter Sarkozy, c'est une raclée historique...» 
Quoi qu'il advienne dimanche, les audaces tant stratégiques que programmatiques de Royal ont le mérite de placer les socialistes français au pied du mur. Leurs alliés traditionnels communistes et Verts lessivés dans les urnes le 22 avril, ils sont contraints de se trouver de nouveaux partenaires. En osant se tourner vers le centre de François Bayrou, la candidate PS a marqué la fin d'un cycle historique, celui du PS né au congrès d'Epinay de 1971 et ancré sur une stratégie d'union de la gauche qui semble obsolète faute de renforts à gauche. De même Ségolène Royal a-t-elle brisé une batterie de tabous sur des questions comme le travail, les 35 heures, la réforme des régimes spéciaux de retraite, la carte scolaire ou la sécurité. La candidate a ainsi incité les socialistes français à rejoindre un cours moderniste déjà emprunté par nombre de leurs camarades sociaux-démocrates européens. Malgré les ruades annoncées à la gauche du parti, le PS ne pourra éviter d'affronter ces questions dans un proche avenir.
Chambre bleue. D'ici là, certains élus ont la frousse d'une chambre bleu horizon en juin. Dominique Strauss-Kahn a annoncé à ses amis, mercredi, qu'il entendait «essayer d'être le plus utile à notre cause» . Se voit-il en potentiel leader de la campagne des législatives ? Les proches de Royal, eux, imaginent leur candidate dans ce rôle. C'était sans compter sur François Hollande qui, dans les Echos d'hier, indiquait qu'il conduirait la campagne de juin, avant d'évoquer l'idée d' «assises» ou de «refondation» avec «tous les progressistes». 
La chasse au premier secrétaire, elle, n'est pas loin d'être ouverte. Un proche de Royal : «Hollande ne pourra pas, à terme, rester premier secrétaire.» Un partisan de DSK : «Hollande a passé son temps à expliquer que Sarko devait rendre des comptes sur son bilan. Lui aussi.» Un fabiusien : «Pas question d'exonérer le premier secrétaire de ses responsabilités.» Réponse d'un proche de Hollande : «Ils espéraient tous être ministres et maintenant se disent qu'il y aura beaucoup moins de postes que prévu à récupérer. Nous, on n'est pas dans l'après-défaite...» En attendant, pour le lendemain du second tour, les amis de Laurent Fabius et DSK envisageraient en commun l'hypothèse, encore floue d'une «direction collégiale» pour les législatives. Dans une ambiance que l'on présage cordiale.
 
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schpountz 05/05/2007 23:57

Merci pour ce bel article. Très vrai !
Mais, attendons demain 20 heures ! Les Français sont imprévisibles !

Mandrin 11/05/2007 12:16

je m attendais presque a du 55/45 %. La gauche a limite la casse, mais a grand renforts de discours effrayants de nicolas sarkozy. (j ecris depuis un qwerty)