La fin de l'effet Bayrou

Publié le par Mandrin

Pourquoi Bayrou a-t-il déjà échoué.

Il n'a pas su "transformer l'essai". Porté jusqu'à prêt du quart des intentions de vote au premier tour, François Bayrou n'a pris le contrôle de la vague sur laquelle il surfait.

 

L'effet Bayrou est arrivé trop tôt.

La nouveauté a des charmes, certes. Mais surtout, il nous faut du temps pour avoir vis-à-vis de ces nouveaux candidats les exigences que nous portons aux autres grands candidats. Plutôt qu'un essoufflement, c'est au contraire l'arrivée à maturité de l'image du grand candidat Bayrou dans l'opinion et les médias qui lui a le plus nuit. Passé le temps des découvertes, la crédibilité du projet de François Bayrou fait désormais sérieusement débat. Il reste un mois avant le premier tour de l'élection présidentielle. Un très long mois durant lequel, faute de ralliements spectaculaires, François Bayrou sera mis face à l'impossibilité stratégique de réunir les gouvernements et les majorités qu'il invoque.

 

A trop se laisser porter par les vagues, on ne contrôle plus sa route.

La trajectoire de François Bayrou a pris des allures de bouteille jetée à la mer ! Son erreur : avoir choisi la facilité apparente qu'offrait la récupération du centre-gauche déçu par l'élection à la candidature de Ségolène Royal, ainsi que la gauche des instits'. Or, l'UDF est historiquement identifié à la droite. C'est sans doute par là que François Bayrou aurait du entâmer sa campagne d'image : rompre avec l'association au centre droit pour afficher un profil social-démocrate d'entrée de jeu. Mais ici, il a suffit à DSK de "fermer les vannes"du centre-gauche en affirmant que Bayrou était un homme de droite, pour que soit stoppée net l'hémoragie électorale de Ségolène Royal en sa faveur.

Enfin, on aurait tort de croire que le PS ne dispose pas d'un noyau dur d'électeurs. Au contraire, après le traumatisme d'un choix Chirac-Le Pen en 2002, les sympatisants PS serreront les rangs malgré Ségolène Royal.

 

Il ne fallait pas craquer, François Bayrou. 

Et il l'a fait. L'euphorie était trop grande, le succès trop nouveau. Le sens de la mesure a été perdu : VIè République d'abord, puis "Révolution pacifique" ensuite -  plus fort que la rupture tranquille ! Face à une Ségolène gaffeuse et un Nicolas inquiétant, François rassurait par sa mesure, voire sa molesse. C'est un peu la force et la faiblesse de François Bayrou : il pourra entonner une diatribe des plus violente, son ton paraîtra toujours déspérément mou et rassurant ! Mais le fond peut inquiéter : tout à coup, le voici qui il appelle à la Révolution, et se revendique le candidat des ouvriers et des paysans. C'est l'alarme, partisans !

 

L'effet sondage : la rechute.

Si vous lisez ce blog régulièrement, vous savez que je suis convaincu que plus que toute autre chose, les sondages font et défont l'élection, sur le temps long. Les sondages ne sont jamais figés, mais dynamiques, et engagent des effets d'entrainement. Bayrou, c'est un peu Ségolène II : au lendemain du coup d'arrêt mis par DSK, les sondages ont cessé de grimper. Il n'en fallait pas davantage pour que chacun annonce alors une rechute dont seuls les jours à venir nous révèleront l'ampleur. Elle devrait cependant être modeste. En effet, Bayrou aura acquis un statut et fidélisé un électorat que ne pourrons récupérer ses adversaires, tout simplement parce que la campagne est désormais trop avancée et que les images que les candidats se sont construites ne sont plus aussi maléables.

L'effacement sourd de Nicolas Sarkozy.

Enfin, François Bayrou a fait son trou populaire en dénonçant l'écrasante domination dans les médias du duo Royal-Sarkozy. Cette victimisation médiatique n'aura été possible qu'un temps. Désormais, il fait la Une, et il devrait presque s'en désoler. Face à lui, Nicolas Sarkozy a compris qu'il valait mieux assourdir sa présence médiatique, ne serait-ce qu'un temps.

 

Mais alors, si Bayrou échoue, que vont devenir ceux qui l'ont rejoint : Le Monde retournera-t-il une fois encore sa veste ? Duhamel pourra-t-il animer le débat du deuxième tour ? L'UDF aura-t-elle accru son potentiel en vue des élections futures ?

 

Suspensivement,

M.

 

Publié dans Campagne Premier tour

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daniel RIOT 23/03/2007 08:21

Vous êtes un gonflé de reprendre une phrase de Bayrou en bannière et  d'utiliser votre talent à caricaturer son projet. c'est la penséee INIQUE, peut-être... Cordialement. D

Mandrin 23/03/2007 13:17

Sans doute est-il utile de rappeler à Bayrou ses fondamentaux. C'est beaucoup du sens de ce blog. On peut être centriste ou pour l'Union nationale sans être bayrouiste. A mon sens, le centrisme gagnerait à plus de diversité idéologique, et plus de courage dans la méthode.
NB. : Bayrou n'est pas le puit de science à l'origine de la phrase en bannière.
Bien à vous,
Votre Vahiné (c'est gonflé !)