Montebourde et Justes

Publié le par Mandrin

Avec l’éviction du trop spontané Arnaud « Montebourde », Ségolène Royal vient de mettre en pratique son « ordre juste » à la vitesse de la justice chinoise qu’elle disait tant admirer (déclaration faite deux jours avant la condamnation en appel à 6 mois de prison pour l’un des « avocats aux pieds nus » - entendez par là un défenseur chinois des droits l’Homme – en l’occurrence, d’ailleurs, un aveugle). Le fougueux Arnaud pensait avoir réussi un coup formidable, lui petit Président de courant du PS, en rejoignant la candidature de Ségolène quand les Eléphants concurrents faisaient le pari de l’affrontement avec la favorite des sondages. De fait, les émissions consacrée à la candidate PS laissaient apparaître le coaching éclairé de Montebourg auprès de  Royal. Il a du pouvoir alors penser qu’il était celui qui, dans l’ombre, tirait vraiment les ficelles PS de 2007. On imagine le conflit d’autorité latent entre la candidate et son porte-parole. Après une nouvelle gaffe du Premier Secrétaire du parti, c’en était trop pour le jeune loup ! Sa colère et son ambitions l’ont conduit à un excès de spontanéité, hier, chez Michel Denisot, sur Canal + (le Grand Journal) où, à la question « Quel est le défaut de Ségolène Royal », il avait répondu « pour rire » : « Le seul défaut de Ségolène Royal, c’est son compagnon ! ». Il y a évidemment là-dedans un peu de toutes ces boutades faites les dents serrées et vite suivies d’un « Mais nooon, j’déécoonne, oooh… (tu parles, ouais !) ». Ambiance.

 

Pendant ce temps, là, le dossier Frêche reste en friche. « L’ordre juste à deux vitesses ». Exceptionnel. Il n’en reste pas moins que le Premier Secrétaire demeure un problème pour la candidate. Ce dernier n’avait d’ailleurs pas la tête des bons jours, mardi, dans les couloirs de  l’Assemblée, si je peux m’autoriser cette impression personnelle. L’autorité féminine sur l’homme est-elle nécessairement castratrice ? Dans une société machiste, oui, fatalement.

 

Mais nous sommes bien dans l’ère de la com’, et par conséquent, l’occasion était trop belle pour Ségolène Royal et ce qu’il restait alors de son équipe, de corriger son image de « faible » femme. La candidate a su faire l’incident une opportunité de souligner son autorité, sa poigne, et sa maîtrise du troupeau des éléphants et éléphanteaux socialistes. Elle y a ajouté une image footballistique : celle du « carton jaune ». Sur le fond cela signifiait que sa sanction se voulait un avertissement plus qu’une mise au ban définitive . Sur la forme, il s’agit d’un référent « testostéroné » : le monde encore très majoritairement masculin du football. Tel est bien le nécessaire pari de Ségolène Royal aujourd’hui : être à la fois numéro 10, arbitre, juge de touche, sélectionneur et blanche Pom-pom girl. Mais à ce jeu là, son manque de tact dans l’exercice de son autorité, le choix d’une attitude cassante plutôt que sereine, en fait plus la madone des masochistes que la tendre bergère égérie des romantiques dominateurs.

 

Et les justes dans tout ça ? A trop se quereller en interne, les ténors du partis ont brillé par leur silence alors qu’en son sommet, l’Etat rendait un hommage plus que légitime à ses héros. Les réactions entendues à la radio soulignaient que ces hommes et ces femmes avaient pris le risque de l’arrestation et de la déportation. Rappelons ici qu’ils ont risqué bien plus que cela : leur vie. Les résistants en armes, dans les maquis, n’ont pas été les seuls à se faire fusiller.

 

L’attitude de Jacques Chirac face à la période sombre de Vichy a été exemplaire quant à la manière de traiter un passé qui ne veux pas passer : c’est en réalisant le préalable nécessaire de la condamnation des fautes de l’Etat français (1995), qu’il a ensuite été possible de souligner la part de lumière de cette époque sombre, celle entretenue malgré tout par ces « héros ordinaires » (2007). Ainsi l’on sort d’un discours morbide exclusivement tourné vers la mauvaise conscience. Les pays doivent se souvenir de leurs heures sombres pour les prévenir, et célébrer leurs héros pour servir de modèle.

 

 

 

Publié dans Campagne Premier tour

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Ervalena 22/01/2007 16:25

J'avais lu quelque part (Nouvel Obs) que Ségolène n'était pas du tout le genre faible femme ou fragile déesse, celle qui caresse les agneaux comme on voudrait le croire. Dès le début de sa carrière à Trouville, certains se sont cassé les dents contre elle. Elle l'a de nouveau montré avec Montebourg en lui signifiant "au coin" comme à un mauvais élève! Moi ça me refroidit ce genre d'autorité. Ca fait maîtresse d'école!
Si elle fait ça au Conseil des Ministres une fois élue (si elle est élue) ça promet!!!