Ségolène est-elle de gauche /et/ la dangereuse suggestion d'une suppression des allocations aux parents de jeunes délinquants

Publié le par Mandrin

Il serait temps de consacrer régulièrement un moment de ce blog à la critique des thèmes de campagne phare des différents candidats à la présidentielle.

Commençons aujourd’hui par Nicolas Sarkozy, plus prolixe à ce sujet que Ségolène Royal trop occupée en ce moment à poser sur la muraille de Chine. Je me demandais d’ailleurs ce midi si les Français n’allaient pas être lassés, à force, par l’attitude de la candidate PS qui consiste à envoyer des cartes postales des quatre coins du globe, plutôt que d’aborder les sujets qui préoccupent ses concitoyens. Une camarade m’a alors évoqué une comparaison avec le nain de jardin d’Amélie Poulain. En termes d’images, j’ai trouvé le parallèle aussi amusant que pertinent. Comme le soulignait une élue UMP hier soir sur un canal d’information de la TNT, à trop s’étendre à demi-mot et dans sa barbe sur les droits de l’homme et la contrefaçons, Ségolène Royal est passée complètement à côté des enjeux économiques que la Chine représente pour le présent et pour l’avenir. Notamment, on s’étonne que la candidate « de gauche » n’ait pas davantage évoqué le sort de tous les Chinois que la croissance exploite littéralement.

 Mais, après tout, Ségolène Royal est-elle « de gauche » ? Je relance ici la polémique pour avoir entendu, ce midi encore, les mêmes témoignages de désarroi. Une Ministre de l’Education Nationale de la gauche plurielle qui inscrit ses enfants aux cours privés Sévigné à Paris, qui renonce soudain à inscrire son fils au Cours Florent lorsqu’elle apprend que ceux-ci n’auront plus lieu dans le chic 4è arrondissement, mais dans « l’infâme » 19è… J’y vois plus de quoi dérouter le peuple de gauche, que de quoi l’enthousiasmer. La polémique avait connu un récent regain avec la diffusion d’une interview posthume de Bourdieu mettant en cause le gauchisme de Ségolène Royal :

 http://desirsdavenir.over-blog.com/article-4049885.html

 

A quoi peut bien marcher le peuple de gauche ? Je viens de terminer la lecture de De Mitterrand à Jospin, 30 ans de campagne socialiste, de Claude Estier (né Claude Hasday Ezratty, il a obtenu de changer son nom en Estier (Journal officiel, 11 septembre 1983) ; Claude Estier a été PCF avant d’amorcer un rapprochement avec l’UDSR de François Mitterrand ; député, conseiller de Paris, sénateur et président du groupe PS au Sénat). J’ai tiré de ses récits de campagne un curieux sentiment : à la lueur des mécanismes des succès mitterrandiens, il semble qu’au sein du peuple de gauche, l’euphorie s’auto justifie. J’entends par là que la perspective d’un succès prochain génère un enthousiasme communicatif et mobilisateur, indépendamment de tout débat d’idées. Ségolène Royal en a manifestement une parfaite conscience et fait vibrer cette corde sensible à grands renforts de « Il y a dans l’air comme des airs de 1981… ! ». L’effet est immédiat : « Il y a des airs de victoire et d’euphorie ! Chouette ! Votons Ségolène alors ! ». Les primaires au sein du PS, nourries par l’ambition d’un vote utile influencé par les sondages (« Si Ségolène semble la mieux placée, votons Ségolène. ») ont sans doute renforcé cette exemption de débat d’idées (qui osera parler de débat à propos des Grands Oraux des trois candidats sur la Chaîne Parlementaire  et I-tele ?). En outre, la lecture de l’ouvrage de Claude Estier, œuvre de soutien à Lionel Jospin écrite en 1995, s’avère une véritable leçon de vie politique au titre suivant : les souhaits et espoirs qu’y formule Claude Estier pour le futur Premier Ministre PS rappellent au lecteur qui a vécu le 21 avril 2002 et le succès de la candidate à la candidature Ségolène Royal toute la cruelle ironie dont l’histoire peut être capable. Paradoxalement, les métiers du politique savent rendre humble : on n’est jamais tant remplaçable que dans ces métiers. Cela me rappelle un échange qu’une actrice française racontait avoir eu avec Jacques Chirac, à l’occasion d’une garden party à l’Elysée. Il disait en substance :  

 

 

 L’actrice – Oh, vous savez, dans ce métier [le cinéma], les fauteuils sont très instables.

 Chirac – Pas tant que dans le mien, vous savez !

 J’avais promis de commencer par une critique d’une proposition du candidat de l’UMP. Je reviens donc à mon mouton. La mesure dont tout le monde parle en ce moment, c’est la suppression des allocations aux familles dont les enfants sont délinquants. Bel exemple d’ignorance de ce qui fait la perte d’autorité des parents. Dans les Cités, ce n’est pas une nouvelle, règne un fort taux de chômage (deux fois supérieur à la moyenne nationale). Y habitent beaucoup de Français issus de l’immigration, dont le moteur de l’immigration avait été la recherche d’un emploi (et non d’une allocation). Cet emploi est ce qui fonde la fierté et l’autorité légitime reconnu au parent, et plus patriarcalement : au père. Le parent qui travaille, c’est celui qui fait vivre la famille. De la capacité du ou des parents à assurer la subsistance de la famille provient la légitimité de l’autorité que leur reconnaissent leurs enfants. Or, la fin des Trente Glorieuses a marqué le début d’une ère de chômage de masse. Dans ce cadre de valeurs familiales, le parent qui a perdu son emploi est passé d’une image de patriarche (ou « matriarche ») légitime à celui de looser, aux yeux de ses enfants. Ne restent que les allocations pour assurer la subsistance de la famille. Certes, il demeure l’image négative du parent demandeur d’emploi. Mais ces allocations lui permettent d’assumer a minima un ersatz de rôle patriarcal. Voilà pourquoi supprimer les allocations, c’est condamner définitivement une autorité déjà contestée. Il s’agit, à mes yeux, d’une mesure qui ne vaut que comme menace, et qui s’avère gravement contre-productive, dès lors qu’elle est mise en application.

 

 

 N’oublions pas que, pour sa part, Ségolène Royal diagnostiquait l’armée. « L’armée comme punition ou camp de redressement », la vision avait justement outré les Etats-majors.

 

 

 

 

Publié dans Détente

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